Rencontre avec le Dr Michel Beauregard
par Jessy Laflamme, Article mis en ligne sur le www.info07.com
le 9 septembre 2009
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1.Pourquoi avoir choisi le métier de médecin?: «J’ai décidé lors de ma dernière année de cégep d’aider des gens. J’hésitais entre la médecine vétérinaire et la médecine générale, puis j’ai décidé de devenir omnipraticien, car ça aide davantage de personnes.» 2.Pourquoi avoir choisi de pratiquer dans la Petite-Nation?: «Comme je n’avais pas beaucoup d’argent, je recevais des bourses de la Régie de l’assurance maladie du Québec. La condition pour obtenir cet argent était de pratiquer un an dans une région éloignée. Le CLSC de Saint-André-Avellin se trouvait dans la liste. Je suis natif de Sainte-Rosalie près de Saint-Hyacinthe. Saint-André-Avellin était la région la moins loin de ma famille, alors j’ai opté pour cette municipalité. Nous étions trois médecins à avoir choisi la même chose, ils nous ont demandé de refaire nos choix. J’ai coché exactement les mêmes endroits et j’ai obtenu la possibilité de venir à Saint-André-Avellin. Avec les années, je me suis fait des amis et j’ai commencé à bien connaître mes patients, alors j’ai décidé de rester par ici. De plus, comme c’est petit et les gens se connaissent, on apprend à connaître les familles et ça nous aide en tant que médecin à mieux comprendre les patients.» 3.Quelle est votre principale clientèle?: Dr Beauregard soigne des enfants, des adultes, mais les personnes âgées sont prédominantes. À cause de la pénurie de médecins de famille, certains de ses patients déménagés à Montréal et à Gatineau sont restés avec lui. Pour ne pas mélanger ses patients, Dr Beauregard a toujours gardé le même horaire : le lundi de 9h à 21h, les mardis, mercredis et jeudis après-midi. Le jeudi, il termine à 21h. Il a cessé de rencontrer des patients le vendredi après-midi. «Les mardis et mercredis matins, je les réserve pour mes visites à domicile. Il y a des escaliers pour se rendre à mon bureau et certains patients âgés ne peuvent les descendre, alors je vais les voir chez eux.» Dr Beauregard traite beaucoup de cas de cancer, de maladies cardiovasculaires et de diabète. «Il faut être prudent avec cette dernière maladie, car elle est plus nocive que le cholestérol. Elle peut bloquer des artères au niveau du cœur et des reins.» 4.Votre meilleur souvenir dans votre carrière?: Après une longue hésitation : «c’est dur à dire, c’est souvent quand on réussit à trouver le bon diagnostic au bon moment.» Dr Beauregard n’a pas voulu raconter des cas précis par crainte que sa clientèle se reconnaisse. Même dans les moments plus difficiles, Dr Beauregard trouve du positif. «C’est certain que la mort, c’est toujours triste, mais si tu réussis à soutenir un patient malade du cancer qui désire mourir à son domicile et que ça se passe bien, ça peut être valorisant.» 5.Que pensez-vous du système à deux vitesses?: «Dans un certain sens, il existe déjà. On retrouve des cliniques privées pour des examens. C’est certain que les gens qui se feraient opérer au privé ne se retrouveraient plus sur les listes d’attente au public, mais les médecins qui pratiqueraient au privé ne se retrouveraient pas non plus au public. Je ne crois pas que dans le contexte actuel grand monde gagnerait à ça. Si on avait un système avec suffisamment de médecins peut-être que ça fonctionnerait. Par contre, si c’était le cas, nous n’aurions pas besoin du privé. Les solutions faciles n’existent pas. Au moins, les écoles de médecine forment présentement davantage de médecins. Cependant, ça prend entre cinq et dix ans avant de graduer si la personne décide de devenir omnipraticien ou spécialiste. Dans dix ans, plusieurs médecins prendront leur retraite. Alors, je ne crois pas que le problème sera résolu bientôt. Présentement, plusieurs médecins attendent avant de raccrocher leur stéthoscope à cause de la pénurie. Quand les nouveaux médecins obtiendront leur diplôme, ils remplaceront seulement les retraités. La pénurie existera toujours.» 6.Nommez trois avantages de votre métier: «Nous n’avons pas de chômage», lance-t-il spontanément en riant. Le salaire et la flexibilité d’horaire en bureau privé sont d’autres aspects intéressants selon Dr Beauregard. «C’est certain que lorsque tu fais ce que tu aimes, c’est le plus gros avantage», affirme-t-il, cette fois-ci, sérieusement. 7.Nommez trois désavantages de votre métier: «Parfois, il faut réussir à prendre du recul, car on ne peut pas sauver tout le monde. C’est aussi décevant de ne pas pouvoir aider tout le monde. Souvent, quand je vais au dépanneur, on me demande si je prends de nouveaux patients, et malheureusement, je dois dire non. Un autre mauvais côté du métier est de devoir prendre mes vacances à l’extérieur de la région, car quelquefois des patients viennent frapper à ma porte. Évidemment, la pénurie de médecins et de spécialistes est très difficile en ce moment. Un patient peut attendre entre six mois et un an et demi avant de rencontrer un spécialiste. Ça n’a pas de bon sens. De mon côté, je suis obligé d’analyser différentes possibilités pour transférer mes patients. Du côté de la gynécologie, je les réfère maintenant à Saint-Jérôme, car à Gatineau, ils ont mis en place un système téléphonique où tu peux rejoindre tous les spécialistes. Une de mes patientes a téléphoné pendant six mois. Elle ne savait toujours pas si elle avait un rendez-vous. Ce n’est pas la faute des médecins et des spécialistes, mais bien un problème de gestion.» Il trouve également la paperasse lourde à gérer. «Nous sommes vraiment dans une société bureaucrate, le nombre de formulaires à remplir est exigeant. De plus, ce qui m’horripile est le fait de devoir signer un papier à un enfant malade de la gastro pour expliquer son absence à l’école. Les parents ont, selon moi, suffisamment de jugement pour savoir si leur enfant est malade. Mais, l’école a besoin d’un avis d’un médecin. Ça demande beaucoup de temps, autant pour le parent que pour moi.» 8.Acceptez-vous de nouveaux patients?: «C’est certain qu’on me pose cette question souvent, mais malheureusement, je ne peux pas accepter, car je n’ai pas envie, par respect pour ma clientèle actuelle, de donner des rendez-vous seulement dans six mois. Présentement, mon délai est de maximum trois semaines.» 9.Comment feriez-vous pour attirer un médecin dans la région?: Après une longue hésitation: «ce n’est pas évident, car il manque des médecins partout. Ils ont le choix. C’est certain que la possibilité de trouver un emploi au conjoint est très importante. Évidemment, le style de pratique doit plaire au médecin. Chose certaine : ce n’est pas évident de les attirer, car le problème se pose partout. C’est vraiment au choix du médecin.» 10.Que pensez-vous de la fête en votre honneur?: «Je ne suis pas fort sur les honneurs, mais c’est plaisant et valorisant de voir que des gens s’en occupent.» 11.Pensez-vous prendre votre retraite bientôt?: Sans perdre une seconde : «non, je n’y pense même pas pour l’instant.» Après tout, Dr Beauregard n’est âgé que de 49 ans. 12.Un conseil que vous donneriez à la population: «Garder son médecin de famille», lance-t-il à la blague. Puis, une fois sérieux : «probablement le même que tous les médecins t’ont donné avant moi : bien manger, arrêter de fumer et prendre soin de soi en faisant de l’exercice. Le rythme de vie d’aujourd’hui est exigeant, les gens courent tout le temps. Ils n’ont pas le temps de bien manger et de faire de l’exercice, alors ils engraissent et les problèmes de santé surviennent.»
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