Dre Sylvie Charbonneau, une femme dévouée

par Jessy Laflamme, Article mis en ligne sur le www.info07.com le 15 septembre 2009

Native de Montréal, Dre Sylvie Charbonneau a pratiqué de la médecine en Haïti et en Afrique pendant quelques mois. «Pendant mes études, je voulais exercer de la médecine différente. On avait très peu d’équipement et on retrouvait les vraies maladies là-bas. Ici, on reçoit le vaccin pour le tétanos, on ne voit jamais de crise de cette maladie. Dans ces pays, j’en ai vu. Je voulais également avoir une base de parasithiogie et d’infectiologie, ce sont des domaines que l’on voit moins au Québec. Tu apprends aussi à développer le système d (débrouillardise).»

Quand elle a commencé au CLSC en 1984, Dre Charbonneau habitait à l’Orignal en Ontario. Pendant 20 ans, elle a voyagé ce trajet de 50 minutes chaque jour. Sylvie Charbonneau se dévoue entièrement à ses patients. Loin d’elle l’idée de les juger. «Je vais soigner la personne même si elle est alcoolique ou qu’elle fume. On ne sait pas ce qu’elle vit et on n’est pas dans sa peau. Elle utilise peut-être ces choses néfastes comme échappatoire. Ce n’est pas à moi de la juger. Mais, c’est certain qu’elle doit comprendre les conséquences de ses gestes. De mon côté, j’ai trop travaillé et j’ai payé pour. Je n’ai que moi à blâmer, c’était à moi de dire non. Après tout, on est maître de notre vie.» Malgré son horaire extrêmement chargé, elle a répondu aux douze questions.

1.Pourquoi avoir choisi le métier de médecin?:

«Déjà en 4e année, j’aimais le domaine de la santé, je me voyais infirmière. Médecin, était à l’époque une vision trop élevée pour moi. Je voulais aider les gens. C’était ma marque de commerce. D’ailleurs, je n’ai jamais réussi à dire non. Le fonctionnement du corps humain me fascinait et j’adorais trouver les solutions. Encore aujourd’hui, je me casse la tête. Je vais toujours fouiller si on me présente quelque chose que je ne comprends pas. D’ailleurs, quand j’ai commencé ma carrière au CLSC, plusieurs patients me donnaient des recettes de leur grand-mère. Même si elle semblait fonctionner, je voulais comprendre pourquoi. Dre Charbonneau a donc toujours besoin de savoir. «J’ai beaucoup de misère avec l’insécurité. Et comme je suis comme ça, je pense que les autres le sont aussi, c’est pourquoi je mets tant d’énergie auprès de mes patients. Selon moi, il n’y a rien de pire que de ne pas savoir, même si c’est positif ou négatif, au moins quand tu le sais, tu peux t’enligner.» Dre Charbonneau admire beaucoup les mécaniciens. «On peut faire le parallèle avec la mécanique et la médecine. Par contre, les voitures ne parlent pas. Nous, au moins, nous avons l’avantage de pouvoir entendre le patient donner ses symptômes.»

2.Pourquoi avoir choisi de pratiquer dans la Petite-Nation? :

«À l’époque, nous étions quatre amis ensemble, et nous voulions pratiquer au même endroit. Le directeur général du CLSC à l’époque, Pierre Ippersiel, en avait eu vent et avait communiqué avec nous. Nous étions venus visiter et ça nous avait plu. On devait rester seulement un an… De mon côté, j’ai trouvé la pratique idéale à Saint-André-Avellin. Je désirais travailler avec des enfants et des personnes âgées et je voulais oeuvrer dans une urgence, effectuer des visites à domicile et faire des soins palliatifs. J’ai tout retrouvé ces aspects de mon métier ici. De plus, notre équipe était extraordinaire. Toutes les raisons étaient bonnes pour se réunir et tout le monde se trouvait sur le même pied d’égalité. Les patients aussi étaient formidables. Maintenant, l’atmosphère au travail a un peu changé. On se trouve dans une phase de transition, car il y a beaucoup de nouveaux employés, mais j’ai bon espoir de retrouver l’ambiance d’antan.»

3.Quelle est votre principale clientèle?:

Dre Charbonneau soigne tous les patients sauf les problèmes psychologiques. En plus d’être médecin de famille, elle est urgentologue. Gérer les deux n’est pas toujours facile. «La pression est énorme présentement, car il manque de médecins de famille. Avant, on ne la ressentait pas autant. Les gens parlent beaucoup d’accessibilité et de temps d’attente. Pourtant, ils devraient venir sur le terrain et écouter les médecins pour comprendre ce qui se passe. Ils verraient qu’on fait notre possible. Les médecins pourraient aussi donner des solutions. Des actions concrètes pourraient en découler au lieu de différentes études.» Dre Charbonneau reçoit en moyenne 35 messages téléphoniques par jour. «Je ne peux pas toujours les retourner dans la même journée. Alors, je prends du retard et le travail s’accumule. On retrouve du retard partout dans le système. Parfois, ça peut prendre entre deux ou trois jours avant de retrouver un dossier d’un patient, car les secrétaires aussi sont débordées. Les patients ne savent pas toujours ce que l’on fait pour eux dans l’ombre. Pour chaque rendez-vous avec un spécialiste, il faut téléphoner. On fait beaucoup de démarches pour un seul patient.» Dre Charbonneau affirme ne jamais se coucher avant minuit.

4.Votre meilleur souvenir dans votre carrière?:

«Je ne possède pas de souvenir en particulier. Le fait de voir quelqu’un mal en point et de pouvoir le guérir, c’est très gratifiant. C’est certain qu’on ne peut pas sauver tout le monde, mais lorsqu’on y arrive, c’est une bonne satisfaction. J’apprécie aussi la compréhension des patients face à la situation actuelle. Ils sont extraordinaires. Lorsque j’ai été malade, certains ont même téléphoné chez moi pour m’encourager. De plus, je n’ai jamais senti de non-respect de leur part.»

5.Que pensez-vous du système à deux vitesses?:

«Je pense qu’il y a deux façons de voir les choses. Premièrement, j’ai toujours pensé que tous les gens devraient être sur le même pied d’égalité. De mon côté, je n’ai jamais chargé à mes patients les formulaires d’assurance, peu importe leur rang social. J’ai toujours absorbé les frais. Selon moi, tout le monde a droit au même service. Par contre, si un système privé permet de dégager le système public et que l’accès à celui-ci devient plus facile pour certains patients, à ce moment-là, je suis d’accord. Si les gens veulent payer pour une résonnance magnétique parce que ça peut aller plus vite, ils vont dégager la liste du système public. Cependant, ça permet aux gens mieux nantis de recevoir des meilleurs soins, mais il faut voir le positif. Ça va peut-être permettre à d’autres de recevoir des soins. De plus, quand tu travailles en médecine privée, tu peux choisir davantage ta clientèle. De mon côté, je serais incapable de le faire, car je ne trouve pas ça juste.»

6.Nommez trois avantages de votre métier:

«La première : faire quelque chose que j’aime. Je pense que c’est le plus beau travail. Ça convient beaucoup à ma personnalité. De plus, ça me sécurise. J’ai toujours pensé, entre parenthèses, les hommes sont plus débrouillards, ils font de la plomberie et de l’électricité. J’aimerais être capable de suivre un cours 101 dans ces domaines pour me débrouiller. Parallèlement, si les enfants sont malades ou qu’il arrive quoi que ce soit, je n’ai pas trop à m’inquiéter, car je sais quoi faire. D’ailleurs, j’ai fait des points de suture à chacun de mes trois enfants. Comme j’ai besoin de savoir et que je déteste l’insécurité, mon métier devient rassurant.» L’autre avantage selon Dre Charbonneau est la flexibilité de l’horaire. «C’est certain que je travaille en moyenne entre 60 et 70 heures par semaine, mais j’ai toujours réussi à être présente dans les moments importants de mes enfants. J’ai toujours organisé mon horaire en fonction d’eux, j’ai même siégé aux comités de parents. Je pouvais compenser le travail le soir et les fins de semaine.» Le style de pratique plaît aussi à Dre Charbonneau. La région est un autre avantage selon Dre Charbonneau. «J’ai appris à découvrir la Petite-Nation et je la découvre d’ailleurs encore aujourd’hui après 25 ans.»

7.Nommez trois désavantages de votre métier:

«Avoir de la misère à avoir une vie parallèle, dont une vie sociale avec les enfants. La pression est quotidienne et la demande constante depuis les dernières années. Chaque fois qu’un médecin part, c’est l’enfer. Présentement, à cause du départ de Johanne Bruneau à Thurso, on dessert les patients qui n’ont plus de médecins. On possède déjà une grosse clientèle et nous devons en ajouter encore plus. De plus, les responsabilités sont énormes, je suis responsable de tests que je n’ai même pas vus, des délais, bref, de tout. Si un document se perd aux archives, je suis responsable. Quand je suis malade et qu’il n’y a personne pour me remplacer, je suis obligée de rentrer quand même. Je me suis déjà fracturé un pied et j’étais au travail parce qu’il n’est pas facile d’arrêter. Légalement, on ne peut pas fermer l’urgence. Parfois, on voit des cas d’arrêt de travail et on se pose des questions…»

8.Acceptez-vous de nouveaux patients?:

«En théorie, ça fait des années que je ne prends plus de nouveaux patients. En pratique, en soins palliatifs on en accepte ainsi que des femmes enceintes et des bébés. Dans le cas de l’urgence, je ne prends pas de nouveaux patients, mais c’est certain que je vais régler le problème de la personne qui vient me voir jusqu’au bout même s’il n’est pas mon patient officiel. On se retrouve donc avec une clientèle énorme. Présentement, je rencontre mes patients dans un délai de 6 à 8 mois. Il faut dire que c’est exceptionnel, car j’ai été malade l’été dernier.»

9.Comment feriez-vous pour attirer un médecin dans la région?:

«L’important est que la personne vienne par choix, sinon on la perd. Il faut aussi être soi-même, il ne sert à rien de leur vanter des choses qui n’existent pas. Il faut leur donner l’heure juste et la réalité. On doit leur donner les pour et les contre, et ils créeront leur propre opinion. Tu as plus de chance qu’ils restent de cette façon que de leur proposer mers et mondes. Surtout qu’il en manque partout. Maintenant, on déroule les tapis rouges pour à peu près tout le monde. Il existe beaucoup d’incitatifs comme la prime d’installation de 20 000 $ à condition de rester deux ans au même endroit. Après le temps exigé, les médecins quittent. À mon époque, ça n’existait pas. La nouvelle génération ne désire pas non plus nous imiter. Ils veulent y aller plus tranquillement. La personne qui vient par choix restera, peu importe les incitatifs.»

10.Que pensez-vous de la fête en votre honneur?:

«C’est apprécié, c’est une bonne marque d’appréciation qui n’a pas été demandée. Ça fait donc chaud au cœur. Le respect et la reconnaissance des gens m’ont toujours frappée. Même s’ils voient surtout les aspects négatifs comme les délais et les temps d’attente, ils sont toujours respectueux et reconnaissants.»

11.Pensez-vous prendre votre retraite bientôt?:

«C’est quoi ça une retraite?, a blagué Mme Charbonneau. Tant que les enfants seront aux études, je ne pense pas à ça. Cependant, c’est certain que j’aimerais diminuer. Ça fait longtemps d’ailleurs que j’y pense, mais ce n’est pas facile. Je devrais prendre les moyens pour le faire.»

12.Un conseil que vous donneriez à la population:

Si la personne est inquiète, on a raison de la rassurer et de répondre à ses questions. Si elle peut trouver de l’information ailleurs, ça peut éviter une visite. Je crois aussi que les gens sont plus conscients des saines habitudes. On prône tellement l’exercice le fait de bien manger et la bonne hygiène de vie. Si les gens appliquent ces règles, ça va aider. On a toujours aussi prôné la prévention, mais il faut être réaliste. Il est difficile de donner des rendez-vous annuels. Ce que l’on voit à l’urgence, c’est surtout des cas catastrophes, des gens qui auraient dû être vus depuis longtemps, mais qui n’ont pas pu. L’important, c’est que si quelque chose inquiète le patient, il doit trouver une réponse, soit par Info santé, une infirmière, mais il doit être rassuré. Il faut remarquer aussi que les cas d’infarctus avant survenaient vers l’âge de 55 et 60 ans, maintenant, c’est à 40 à 45 ans. Les cas de cancer survenaient vers 50 et 55 ans, maintenant, j’en vois beaucoup à 35-40 ans. J’ai même vu un infarctus à 39 ans. C’est comme ça de plus en plus, il faut donc penser à notre style de vie. Les gens autrefois travaillaient fort sur la ferme, mais ils se réunissaient en famille pour danser avec les violons et décrocher. Maintenant, c’est plus rare. Il faut donc essayer d’avoir une bonne hygiène, mais il faut y aller selon ses moyens. J’ai beau dire à quelqu’un de manger des fruits et des légumes, mais s’il n’a pas beaucoup d’argent, ça donne quoi? On ne peut pas donner les mêmes conseils à tout le monde, car les gens ne possèdent pas tous les mêmes outils.»