Dr Marcel Ménard, un médecin et un homme heureux

par Jessy Laflamme, Article mis en ligne sur le www.info07.com le 16 septembre 2009

Même si Dr Ménard est natif des Cèdres dans le comté de Soulanges près de Dorion, il a exercé la médecine à Montebello pendant 37 ans. Il a arrêté de pratiquer en 1988. Comme M. Ménard a vécu une carrière extraordinaire et qu’il a pris sa retraite depuis plusieurs années, la Petite-Nation a modifié quelque peu les douze questions pour en apprendre davantage sur ce médecin de famille, et surtout, laisser de l’espace à ses nombreuses anecdotes.


Anesthésiste


Dr Ménard était au départ médecin de famille, mais le hasard a fait de lui l’anesthésiste à l’hôpital de Buckingham. «Dr Lemieux était seul à l’hôpital, il en faisait pratiquement 24 heures par jour. Il a décidé à un certain moment de prendre une journée de congé par semaine. J’ai eu l’idée d’aller le remplacer. Au début, je m’occupais que des petits cas, et de semaine en semaine, sans que je m’en rende compte, il me donnait des cas plus difficiles. J’ai fini par effectuer des stages à Montréal et à Québec. Finalement, pendant une certaine période, je me suis retrouvé seul comme anesthésiste à l’hôpital. D’ailleurs, mes dernières années de pratique, je les ai passées à l’hôpital un peu malgré moi parce que j’aime beaucoup mieux être avec les gens, mais on avait besoin de mes services.» Dr Ménard a aussi travaillé avec le Dr Grondin, celui qui a effectué la première transplantation au Canada. «Après 12 ans de carrière à Montebello, je me suis rendu compte que j’étais en retard en cardiologie. Il s’était passé beaucoup de choses dans ce domaine pendant ces années, alors j’ai étudié une semaine à l’Institut de Cardiologie de Montréal pour me remettre à jour.»


Coroner
Dr Ménard a aussi occupé le poste de coroner. «C’est arrivé aussi par hasard. Le coroner de Saint-André-Avellin, Dr Saint-Louis, est arrivé chez moi avec ses boîtes ne me disant, Dr Ménard, je vous nomme coroner. Ce même matin, mon voisin d’en face s’était flambé la cervelle et je ne le savais pas. Dr Saint-Louis, m’a dit, si vous voulez vous pouvez commencer tout de suite, votre voisin vient de mourir d’une façon un peu drôle. Je n’étais pas obligé d’accepter ce rôle, mais je pensais que ça me changerait les idées. Finalement, ça m’a permis à rencontrer des gens comme des policiers, des entrepreneurs funèbres et des ambulanciers.» Chaque fois qu’un événement survenait, Dr Ménard se rendait sur place. «Avant de rédiger le rapport, je me faisais une photographie des lieux dans ma tête.» Dr Ménard rencontrait la famille des défunts pour relater les faits. «La plupart du temps, c’était assez facile, car au moment où on les rencontrait, il ne réalisait pas tout à fait ce qui s’était passé. On pouvait donc leur demander plusieurs renseignements, et ils nous les donnaient. Souvent, on apprenait plusieurs choses utiles. Je me considérais comme le gars qui ramasse toutes les informations, afin de déterminer la cause du décès et les circonstances entourant le décès. C’est important pour les familles de savoir.»

1.Pourquoi avoir choisi le métier de médecin?:

«Dans mon temps, on parlait de vocation. Le métier de médecin était d’être au service des autres. Il me semblait que j’avais les aptitudes pour ce métier. J’ai dû les avoir, car j’ai vraiment été heureux.»

2.Pourquoi avoir choisi de pratiquer dans la Petite-Nation? :

En sortant de l’université, Dr Ménard a commencé à pratiquer à Montebello. Dr Biron travaillait aussi à l’époque dans cette municipalité. «Jamais, on a senti de la compétition entre nous. Il s’occupait du Seigneurie Club, et jamais je n’ai été m’y mettre le nez. Par contre, quand j’ai opté pour Montebello, je me suis assuré qu’il y avait de la place pour deux médecins. Il faut regarder ça quand on prend une telle décision. À cause du Château Montebello, il y avait toujours de l’ouvrage.» La rivière des Outaouais a aussi penché dans la balance pour le Dr Ménard. «Comme j’ai vécu sur le bord du fleuve Saint-Laurent, il me fallait de l’eau. J’en retrouvais ici. Je me disais que je pourrais de temps en temps, faire une petite partie de pêche.» La proximité de son domicile familial a aussi joué dans la décision du Dr Ménard. «En 1950, on se promenait en grosse voiture. Comme il n’y avait pas beaucoup d’automobiles à cette époque, on roulait vite. Ça prenait environ 1h et 1h15 pour venir ici à partir des Cèdres.» Dr Ménard a déjà possédé plusieurs voitures particulières, des Citroën. Il possède d’ailleurs une anecdote à ce sujet. «J’étais avec ma femme à Ottawa et l’une de ses amies. En ville, un de mes pneus s’est dégonflé. J’ai décidé de le faire arranger seulement à Montebello. On a complété le voyage sur trois roues.»

3.Quelle était votre principale clientèle?:

Dr Ménard effectuait de la médecine générale. Le matin, il remplissait la paperasse, se rendait au bureau de poste, puis effectuait ses visites à domicile. L’après-midi et le soir jusqu’à 22h, il restait au bureau pour rencontrer des patients. Officiellement, le bureau fermait à 21h, mais il prenait le temps de discuter avec ses patients. «Quand quelqu’un a mal au ventre, il faut découvrir pourquoi.» Le mercredi, il ne voulait pas voir personne au bureau. Il gardait ce moment pour compléter sa paperasse et pour consacrer son après-midi à son épouse. «Si elle voulait aller magasiner, j’allais avec elle. Lorsque j’ai été un peu plus à l’aise, je lui ai gardé une voiture, alors j’étais plus libre et elle aussi. Ce qui veut dire que la plupart des médecins possèdent deux voitures tôt dans leur vie, et ce n’est pas par luxure, mais bien par besoin.» Sa première secrétaire était Louise Dambremont de Ripon pendant un an. Ensuite, Huguette Lavigne a travaillé avec Dr Ménard comme secrétaire pendant douze ans. Elle a quitté ce bureau pour travailler au centre d’accueil de Saint-André-Avellin. En dernier, Dr Ménard n’avait plus vraiment besoin de ses services, car il travaillait beaucoup à l’hôpital de Buckingham.

4.Votre meilleur souvenir dans votre carrière?:

«Je me souviens de plusieurs bons souvenirs. En général, j’étais heureux avec le monde et heureux de faire l’ouvrage que je faisais. Je résumerais ça de cette façon : j’ai fait une belle vie. C’est le souvenir que je garde de ma carrière.»

5.Que pensez-vous du système à deux vitesses?:

«Je vais te donner une réponse de vieux, pas une vieille réponse, mais une réponse de vieux, c’est aussi simple que ça. Dans notre temps, c’était beaucoup mieux qu’aujourd’hui à plusieurs points de vue. Par contre, maintenant, les jeunes sont bien équipés et bien préparés. Mais, ils ne sont pas, selon moi, assez orientés vers le service de leur malade. Je pense que leur bien-être à eux passe avant. Le contexte actuel fait en sorte que les gens pensent avant tout à leur droit plutôt qu’à leur obligation. Les gens veulent une journée de congé, ne pas travailler la fin de semaine, etc. L’ouvrage ne se fait donc pas, et les patients se retrouvent à l’urgence. Côté politique, je crois qu’il y a eu de grosses erreurs de programmation dans la formation des médecins. On n’en retrouve pas suffisamment pour faire face à la musique. Même il y a 21 ans, quand j’ai quitté, on vivait ce problème. Ce n’est pas pour rien que j’étais anesthésiste. Il n’y avait personne pour me remplacer. On demandait déjà à cette époque de former plus de médecins, et ça n’a rien donné. En plus, le gouvernement a décidé, pour ramener le déficit zéro, de couper des médecins, car il trouvait que c’était une dépense. Ils n’ont jamais pensé qu’il pouvait bien supprimer le médecin, mais non la maladie. Je crois qu’il y a eu des manques à plusieurs niveaux et qu’on le ressent aujourd’hui. Concernant le privé, c’est seulement une question de sous.»

6.Nommez trois avantages de votre métier:

«J’ai vraiment aimé mon métier, je recommencerais la même carrière certainement. L’avantage principal est de pouvoir rendre service. C’est certain que j’avais également un avantage pécuniaire, je n’avais pas besoin de l’aide sociale. J’ai fait également près de 2000 accouchements. L’arrivée d’un être humain est merveilleuse. Pendant les 10 premières années de ma carrière, je les effectuais à domicile, les 10 suivantes, j’en effectuais à l’hôpital et à domicile. Les dix dernières années, les accouchements se déroulaient seulement à Buckingham. Quand c’était à domicile, c’était tout un défi, j’essayais de trouver des personnes qui pouvaient aider, des voisines, leurs sœurs ou leur mère. Pendant ce temps, certains hommes attendaient dans le poulailler. À l’époque, c’était plaisant d’être médecin, car on faisait vraiment partie de la famille. À la fin d’un accouchement, une table m’attendait avec un repas complet. Le curé et le médecin étaient totalement aux services des autres. De mon côté, je vendais les pilules en plus. Aujourd’hui, c’est très différent, les médecins ne sont plus aussi proches des patients.»

7.Nommez trois désavantages de votre métier:

«Évidemment, on ne peut pas renier la mort. Perdre un patient est toujours difficile. Parfois, les personnes âgées vivent des cancers ou une crise cardiaque et on ne peut rien faire, ça dérange toujours. Il est difficile aussi de voir un jeune de 20 ans décédé à cause de l’imprudence en voiture.»

9.Que pensez-vous de la fête en votre honneur?:

«Je suis bien content, parce que, parfois, j’ai l’impression d’être oublié. J’aime toujours rencontrer des gens que j’ai soignés ou endormis à l’hôpital. J’apprécie me rappeler des souvenirs.»

10.Pensez-vous prendre votre retraite bientôt?:

Dr Ménard a pris sa retraite en 1988 pour s’occuper de sa femme malade. Lors de son décès, il a cessé de pratiquer. «Ça ne me manque pas du tout. Lors de la mort de mon épouse, une cassure s’est effectuée.»

11.Un conseil que vous donneriez à la population:

«Les gens doivent comprendre qu’une bonne santé est un don. Il faut s’en occuper pour la garder. On peut revenir d’une maladie, mais jamais comme avant. Il faut bien manger, grouiller et ne pas oublier la santé mentale. Il faut essayer d’éviter la drogue, l’alcool et la cigarette. Si les gens sont stressés, je leur conseille de mettre leur chapeau et prendre leur canne et d’aller marcher. Une bonne marche donne toujours une solution à portée de main pour n’importe quel problème.» Dr Ménard se rend au bureau de poste à pied presque chaque jour, il fait le tour du quartier pour marcher 20 minutes.