Dre Louise Villemure, une femme occupée

par Jessy Laflamme, Article mis en ligne sur le www.info07.com le 8 septembre 2009

Louise Villemure a obtenu son permis de médecine en 1983. Elle a commencé à exercer son métier en 1984 dans la Petite-Nation. En plus de pratiquer la médecine générale, Dre Villemure s’implique dans la nouvelle maison de soins palliatifs Le Monarque de Plaisance et elle est déléguée pastorale. Elle a aussi aidé à la mise en scène de la troupe de théâtre pince-sans-rire du Club de l’Amitié de Plaisance à l’automne 2008. Les profits de cette pièce sont remis aux personnes âgées en difficulté dans la région. Elle siège donc à ce comité qui désire mettre en place, entre autres, des cliniques de santé. Elle participe également à l’organisation de la fête patronale. Malgré son horaire chargé, elle a pris le temps de répondre aux douze questions.

1.Pourquoi avoir choisi le métier de médecin?:

«J’avais besoin d’aider les autres. Ça commencé quand j’ai suivi des cours de biologie. Supposément que ça faisait longtemps que je disais à ma mère que je voulais devenir médecin, mais je ne m’en rappelle pas. Par contre, je me souviens au secondaire de mes cours de biologie et au cégep de mes cours de physiologie. Je trouvais merveilleux le fonctionnement du corps humain, je dévorais les livres. C’est à ce moment que j’ai voulu aller plus loin.»

2.Pourquoi avoir choisi de pratiquer dans la Petite-Nation? :

«Parce que c’était la place qui pouvait nous accueillir.» En effet, en 1984, Dre Villemure avait visité le CLCS avec 3 ou 4 autres médecins, dont Sylvie Charbonneau qui est restée dans la Petite-Nation. Ainsi, Dre Villemure a commencé sa carrière au CLSC de la Petite-Nation pendant 5 ans. Ensuite, elle a travaillé deux ans dans une clinique privée de Buckingham. En novembre 1992, elle a ouvert son bureau au sous-sol de sa résidence à Plaisance. «En clinique privée, les coûts étaient trop élevés, car je ne rencontre pas beaucoup de patients par jour. Au début de ma carrière, je ne voulais pas pratiquer en solo, car je ne possédais pas assez d’expérience. Avec le temps, j’ai décidé de m’essayer.» Depuis 1996, Dre Villemure passe deux jours par semaine, les lundis et vendredis, à l’hôpital de Buckingham pour effectuer de la longue durée. Avec le temps, elle s’est attachée à la région et aux patients. «Je ne me vois pas déménager, même si je suis native de Saint-Hyacinthe, je n’ai pas l’intention d’y retourner.»

3.Quelle est votre principale clientèle?:

Sa principale clientèle est âgée, mais elle soigne aussi des enfants et des femmes enceintes. Puisque Mme Villemure possède des escaliers chez elle, elle visite parfois ses patients à domicile, surtout les personnes âgées ou les handicapés. «Comme j’ai travaillé à Saint-André-Avellin, certains patients m’ont suivi à Buckingham et quand j’ai ouvert mon bureau, certains patients de Saint-André-Avellin et de Buckingham m’ont encore suivi. Certains ont déménagé à Hull, mais ont décidé de rester avec moi.»

4.Votre meilleur souvenir dans votre carrière?:

Dre Villemure a pris plusieurs secondes avant de répondre à cette question. Puis, elle s’est souvenue de plusieurs aventures survenues au CLSC. «Quand je suis arrivée en 1984, on faisait de l’urgence la semaine et la fin de semaine. Pendant les fins de semaine, nous travaillions avec une réceptionniste, mais avec aucune infirmière. Maintenant, c’est très différent, mais au début c’était comme ça. Comme on se trouve dans une zone touristique, la fin de semaine, la salle était bondée. Et parce que nous n’avions pas d’infirmière, on nettoyait les plaies, on préparait le matériel, on faisait les points, on faisait tout, tout, tout. L’attente était longue et les gens chialaient. Nous étions seuls pour tout faire. On faisait vraiment de l’urgence de brousse. Souvent, après la fermeture du bureau, on jasait les trois médecins ensemble. Je me rappellerais toujours, des ambulanciers sont arrivés un soir, ils savaient que nous étions là même si c’était fermé. Ils nous ont amené un cas blessé par balle en arrêt cardiorespiratoire. On a réussi à le réanimer, mais il perdait du sang à mesure, alors finalement, il est décédé. Une autre fois, Sylvie Charbonneau et moi étions parties en ambulance rejoindre une autre ambulance avec un cas d’arrêt cardiorespiratoire. Nous avions retrouvé le patient à moitié chemin et nous avions fait la réanimation. C’était vraiment des histoires abracadabrantes. Ce sont des moments qui me reviennent facilement, je ne peux pas dire que ce sont de bons souvenirs, mais ils perdurent. Il y avait aussi beaucoup d’accidents de VTT. On effectuait également beaucoup de transferts en ambulance. On faisait des points de service. Une fois, à Duhamel, une dame avait fait une grossesse ectopique, j’ai dû me rendre avec elle à l’hôpital de Buckingham, mais j’éprouve le mal du transport. Quand nous sommes arrivées à l’hôpital, l’infirmière nous avait demandé qui était la patiente…»

5.Que pensez-vous du système à deux vitesses?:

«Ça pénalise les gens qui n’ont pas les moyens. Pour les docteurs, c’est une surcharge. Quand Dr Labarre pratiquait avec la régie, il soignait beaucoup de patients. Quand il s’est désaffilié de la régie et a décidé de travailler pour le privé, plusieurs de ses patients sont restés, mais pas tous. Certains de mes patients étaient rendus avec lui et sont revenus vers moi. C’était une surcharge encore. Le système privé ne peut pas convenir à tout le monde. Ce sont ceux qui ont les moyens qui vont être capables. Je trouve ça de valeur.»

6.Nommez trois avantages de votre métier:

«Ça permet de rencontrer des gens et de les connaître. Je remercie le Seigneur tous les jours parce que je me trouve chanceuse de pratiquer ce métier et de pouvoir aider des gens. J’aime bien apprendre à connaître quelqu’un, car souvent, de l’extérieur, on juge les gens. Comme je fais beaucoup de psychothérapie, automatiquement, j’apprends à connaître leur vécu et leurs histoires. Je comprends donc pourquoi le patient est comme ça, pourquoi il agit ainsi. Ça m’aide à comprendre les gens et ce qu’ils sont. C’est aussi le sentiment de pouvoir faire quelque chose.»

7.Nommez trois désavantages de votre métier:

«Avec le contexte actuel, c’est tellement difficile : beaucoup de fatigue, risque d’épuisement. D’ailleurs, j’ai été obligée de réduire un peu, car je me sens de plus en plus fatiguée et je ne veux pas m’épuiser. Sinon, les patients vont tomber orphelins pendant quelques mois, et ce n’est pas ce que je veux. Comme je suis perfectionniste, ça demande beaucoup. J’essaie donc de réduire à certains endroits, d’aller à l’essentiel. Ce que je trouve difficile depuis quelques années, c’est qu’on ne peut pas faire de la bonne médecine présentement. Avec la pénurie actuelle, on ne fait qu’éteindre des feux. On est débordé et surchargé. Mon mari est à la retraite depuis cinq ans et je pensais modérer un peu, mais je n’ai jamais été capable. J’ai même augmenté parce que la demande est là. Les rendez-vous sont tous repoussés. Avant, je voyais mes patients aux trois mois, maintenant, c’est aux six mois. C’est vraiment très difficile. Par contre, quand je ne peux pas rencontrer un patient, je le mets entre les mains du Seigneur. Je lui demande de veiller sur lui et ça marche. Je fais simplement mon possible, je ne peux pas faire plus de toute façon. Le reste, je le remets sur les épaules du Seigneur. Comme on travaille avec des humains, c’est exigeant, parce qu’on ne peut pas dire non. Je ne peux pas refuser de rencontrer un patient parce qu’il est 8h ou 9h. Notre travail n’est pas du 8 à 4. C’est mon conjoint qui en souffre le plus parce que lorsque je commence ma semaine, je n’ai plus de temps pour lui. J’en ai seulement lors des vacances ou pendant la fin de semaine. C’est la famille qui en souffre. Le travail ne devrait pas prendre toute la place, mais avec le métier que je fais, c’est assez difficile de partager tout ça.»

8.Acceptez-vous de nouveaux patients?:

Dre Villemure n’accepte plus de patients, mais affirme qu’il s’en échappe parfois quelques-uns. «Parfois, on n’a pas le choix. On ne peut pas toujours dire non. J’essaie davantage de dépanner. Par exemple, Dre Johanne Bruneau de Thurso est partie. Elle devait avoir un remplaçant, mais il n’est pas encore arrivé. Le Dr Jean Boucher ne peut pas suffire, alors il y a beaucoup de gens que je connais qui m’accrochent, et je les dépanne en attendant.»

9.Comment feriez-vous pour attirer un médecin dans la région?:

«Je pourrais lui vanter notre belle région. Je viens de la campagne et c’est ce côté d’ici qui m’a attiré. Je crois que nous avons de belles choses dans la Petite-Nation. Je l’attirerais par les activités. De plus, ici, ce n’est pas impersonnel comme en ville.»

10.Que pensez-vous de la fête en votre honneur?:

«Je n’y ai pas trop pensé, ça me fait chaud au cœur de penser qu’on va fêter nos 25 ans de pratique et plus.»

11.Pensez-vous prendre votre retraite bientôt?:

«Non, je n’y pense pas présentement. Évidemment, j’aimerais réduire, mais je ne peux pas le faire présentement. J’aimerais diminuer la pratique au bureau et continuer la longue durée, car c’est une vocation. J’aime beaucoup travailler avec les personnes âgées. Par contre, je n’ai aucune idée du moment où je pourrais réaliser ce rêve.» Chose certaine : Dre Villemure aimerait passer plus de temps avec son mari. Elle a déjà rédigé une lettre pour ses patients pour les avertir qu’elle diminuerait ses heures de travail.

12.Un conseil que vous donneriez à la population:

«Je crois que je l’ai déjà dit à chacun de mes patients : avoir une bonne hygiène de vie. Il faut faire attention à son poids, faire de l’exercice et ne pas trop être stressé parce que le stress engendre beaucoup de problèmes de santé. Je suis consciente, par contre, qu’il est difficile de changer des habitudes de vie. Si j’avais un seul conseil à donner, ce serait de marcher parce que c’est bon autant pour le physique que le mental. Il faut aussi vivre au jour le jour et ne pas se mettre trop d’attente. Un autre conseil que je donnerais : prier, on n’est pas seul dans la vie, il suffit de se tourner vers le Seigneur. Il va nous répondre et nous aider.»